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"Les réformes structurelles sont de nature à faire baisser le nombre de demandeurs d’emploi"

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24 mai 2022
Yannick L’Horty, professeur à l'université Gustave Eiffel et directeur de la fédération Théorie et évaluation des politiques publiques du CNRS, estime réaliste la promesse d’Emmanuel Macron d'atteindre le plein emploi d'ici à 2027. Mais si la réforme de l'assurance chômage incite à un retour plus rapide sur le marché du travail, elle pourrait favoriser une reprise d'emplois peu durables, en incitant les chômeurs à accepter des emplois de moindre qualité et donc à durée limitée.
"Les réformes structurelles sont de nature à faire baisser le nombre de demandeurs d’emploi"

Le portefeuille du nouveau ministre du travail, Olivier Dussopt, s’est élargi au plein emploi, conformément à la promesse d’Emmanuel Macron. Le défi, du plein emploi, estimé autour de 5 % de chômeurs en France, est-il réaliste d’ici à 2027 ?

On est sur une bonne trajectoire. Cette perspective devient envisageable même probable alors qu’auparavant elle était inatteignable. Le plus dur a été fait ; on est enfin sorti du corridor où nous étions enfermés depuis les années 80-82 avec un taux de chômage compris entre 8 % et 12 %. Passer de 7,3 % à 5 % est possible d’ici à 2027, un niveau qui n’a jamais été aussi bas depuis les années 70, avant le premier choc pétrolier de 1973. On a retrouvé la trajectoire descendante qui prévalait avant la crise sanitaire. Au total, le nombre de chômeurs au sens du BIT est de 2,2 millions de personnes en France.

A quoi peut-on imputer les bons chiffres de l’emploi actuels ?

Plusieurs menaces pèsent sur cette embellie du marché de l’emploi, à commencer par la forte inflation, la crise ukrainienne et le changement climatique

Les réformes structurelles, conduites depuis une dizaine d’années en France sont de nature à faire baisser le nombre de demandeurs d’emploi : assouplissement des dispositions juridiques encadrant le contrat de travail, instauration d’un barème sur les indemnités prud’homales (qui a rassuré les employeurs sur le coût du licenciement ), développement de l’apprentissage (qui a permis d’orienter les jeunes vers des filières offrant des débouchés), réforme de l’assurance chômage et allègement du coût du travail (avec le CICE) qui a basculé en 2019 sous forme d’allègement de cotisations sociales). C’est la combinaison de toutes ces réformes qui a permis de flexibiliser le marché du travail.

Quelques bémols toutefois. Bien que cette notion de plein emploi ait des connotations très positives, elle ne signifie pas que tous les actifs ont du travail. Il subsiste un chômage frictionnel imputable au fait qu’un minimum te temps est nécessaire pour se faire embaucher, après avoir quitté un poste ou au moment de démarrer une carrière professionnelle.

De plus, nous sommes dans un climat d’incertitude. Plusieurs menaces pèsent sur cette embellie du marché de l’emploi, à commencer par la forte inflation, la crise ukrainienne et le changement climatique qui pourrait, à plus long terme, avoir des conséquences préoccupantes sur le marché du travail ; par exemple de fortes inondations pourraient avoir des retombées économiques importantes sur l’agriculture et le tourisme et entraîner une situation de l’emploi beaucoup moins favorable.

La réforme de l’assurance chômage initiée par Muriel Pénicaud puis poursuivie par Elisabeth Borne, qui vise à réduire la période d’indemnisation pour rendre incitatif le retour au travail, a-t-elle déjà porté ses fruits ?

Les primo-actifs sont incités à accepter des emplois de moindre qualité et donc à durée limitée

Il est encore difficile d’évaluer le comportement des demandeurs d’emploi et les réactions des entreprises. Globalement, une moins grande générosité de l’assurance chômage peut avoir un effet dual : inciter à un retour plus rapide mais en même temps favoriser une reprise d’emplois peu durable. C’est le cas par exemple des primo-actifs, qui n’ont pas assez d’années contributives au système d’assurance chômage : ils sont incités à accepter des emplois de moindre qualité et donc à durée limitée, en attendant de retrouver un poste plus en phase avec leurs attentes.

Emmanuel Macron souhaite poursuivre la réforme de l’assurance chômage. D’une part, en modulant les allocations des demandeurs d’emploi en fonction de la conjoncture économique. D’autre part, en remplaçant Pôle emploi par France travail, un guichet unique qui réunirait, à l’échelle d’un territoire, l’ensemble des acteurs de l’emploi pour éviter une trop grande segmentation des prestations visant le retour à l’emploi. Qu’en pensez-vous ?

On s’est beaucoup penché sur le volet monétaire de l’assurance chômage mais trop peu sur le volet accompagnement

L’idée est de rendre plus actif le financement de l’assurance chômage, en ciblant le volet dépenses. Avec d’un côté, un système de bonus-malus pour les entreprises qui font un usage excessif des contrats courts et de l’autre, un système de plafonnement ou de dégressivité des allocations pour encourager un retour plus rapide à l’emploi.

La réforme de France travail complète ce dispositif. On s’est, en effet, beaucoup penché sur le volet monétaire de l’assurance chômage mais trop peu sur le volet accompagnement. Or, ce volet, bien mené, peut générer des gains d’efficacité dans la gestion du chômage. L’organisation actuelle des intermédiaires du marché du travail reste un point faible. C’est pourquoi, il faut encourager le développement différencié des programmes d’accompagnement, en fonction des différents publics des demandeurs d’emploi. Avec des dispositifs renforcés pour les personnes les plus vulnérables. Le pourcentage des chômeurs de longue durée de plus d’un an a fortement augmenté doublé depuis la crise sanitaire, jusqu’à dépasser les 50 %. Il faut donc amplifier ce mouvement d’accompagnement en direction de ce type de public.

Mais pourquoi choisir l’échelle régionale ?

Une nouvelle réforme qui conduirait à créer un organisme décentralisé, avec des moyens propres à chaque territoire

Le faire au niveau régional me paraît pertinent. Les besoins ne sont pas les mêmes d’un territoire à l’autre, d’un secteur d’activité à l’autre. On peut donc envisager, 13 ans après la fusion de l’ANPE et des Assedic, une nouvelle réforme qui conduirait à créer un organisme décentralisé, avec des moyens propres à chaque territoire.

L’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi était pourtant l’objectif du Plan de développement des compétences (PIC), lancé en 2018. Quels sont vos retours ?

La crise sanitaire a complexifié l’évaluation de ce dispositif. Beaucoup d’expérimentations ont été abandonnées. Nous aurons des résultats plus convaincants et exhaustifs d’ici à la fin 2022. Pour ma part, en tant que directeur de la fédération TEPP, je suis impliqué dans l’évaluation de ce dispositif pour deux régions, le Grand Est et la Bourgogne.

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