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29 juin 2023
Selon le baromètre Cegos, présenté hier, les salariés jugent les démarches RSE de leurs organisations légitimes mais encore insuffisantes pour répondre à ces enjeux actuels. Ils demandent à être davantage impliqués. Au risque sinon de taxer ces initiatives de "greenwahing" ou d’écoblanchiment, l’un des pires scénarios.

Paradoxe : alors que la responsabilité sociale et environnementale (RSE) connaît, depuis les crises sanitaire et énergique, un regain d’intérêt auprès de l’opinion publique, elle peine à s’imposer dans les entreprises. 35 % des salariés français jugent les actions RSE inefficaces. Tel est l’un des enseignements majeurs dévoilés, hier, lors de la présentation du baromètre Cegos, réalisé auprès de 3 802 collaborateurs à l’international (dont 1 000 en France) et de 556 directeurs et responsables de la RSE à l’international (dont 250 en France).

Des enjeux réglementaires et sociétaux

Pourtant, la pression monte. L’urgence est d’abord réglementaire. La nouvelle directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) qui contraint à publier un reporting de durabilité va progressivement s’appliquer à partir de janvier 2024, en fonction des catégories d’entreprises. Avec à la clef, la création de nouvelles normes applicables à l’ensemble des sociétés quel que soit leur secteur d’activité.

Elle est ensuite sociétale et se manifeste d'ailleurs déjà par les exigences des salariés. Ils attendent davantage d’initiatives de leur entreprise mais aussi plus de communication et de formation. Seuls 27 % des salariés français estiment que l’engagement de leur société est à la hauteur des défis actuels, qu’il s’agisse du changement climatique, de la diversité, de l’inclusion ou encore de la sobriété énergétique. Pour autant, ils ne souhaitent pas attendre les bras croisés. "Souvent engagés à titre personnel, ils sont prêts à le faire sur le terrain professionnel. Ils attendent donc de leur organisation qu’elle les accompagne concrètement, quel que soit leur métier, sur la voie d’une performance responsable", observe Benoît Félix, président du groupe Cegos.

Pour eux, la RSE est donc l’affaire de tous. Et non uniquement de leur direction générale ou leur directeur RSE. Ils souhaitent davantage s’impliquer au sein de leur collectif.

D’une part, en étant associé aux réflexions de l’entreprise sur ce sujet. D’autre part, en ayant accès aux indicateurs de mise en œuvre de la démarche.

Montée en compétences

La maîtrise de la RSE exige néanmoins une montée en compétences. D’autant que le périmètre est très large : si le terme recouvre les initiatives liées à l’environnement et à la qualité de vie au travail, il intègre également des notions d’éthique dans la conduite des affaires, de diversité, d’inclusion ou encore d’employabilité, de santé et sécurité au travail.

Le hic ? Seul un collaborateur sur cinq a suivi une formation ad hoc au cours de ces trois dernières années. De plus, "celle-ci reste le plus souvent généraliste", insiste Catherine Jacquet, directrice de projets au sein du groupe Cegos. Seuls 7 % des salariés ont suivi une formation qui concernait la façon d’intégrer la RSE à leur métier (en priorité ceux des services RH, achats, communication ou finance).

Rien d’étonnant dans ce contexte que 22 % des salariés estiment que les démarches RSE initiés au plus haut de l’organigramme n’ont aucun impact sur leur quotidien.  

Levier de motivation

Pourtant, l’urgence est aussi économique. Car à l’heure des pénuries de main-d’œuvre, la "RSE est à la fois un levier de mobilisation, de motivation professionnelle mais aussi une source de confiance en l’avenir de leur organisation", rappelle Carole Deschaintre, manager d’offres et d’expertise QSE & développement durable au sein du groupe Cegos.

A défaut, il sera difficile pour les salariés de distinguer le greenwashing d'une réelle démarche en faveur de la RSE. Une initiative totalement contre-productive.

"Le modèle idéal, c’est un service indépendant, rattaché à cette direction"

Les salariés et les responsables RSE ne sont pas sur la même longueur d’onde pour évaluer le niveau d’engagement de leur entreprise en matière de RSE. Si la note des premiers atteint péniblement 5,7 sur 10, celle des seconds monte à 7,8 sur 10. Ce satisfecit ne doit pas toutefois masquer les obstacles, à commencer par la difficulté à disposer de ressources financières dédiées, d’évaluer l’impact des actions mises en œuvre ou encore d’établir des indicateurs de suivi.

Mais une chose est sûre, l’impulsion doit venir de la direction générale. Ensuite, le sujet peut être porté par un service dédié, un service communication ou encore par les RH. "Le modèle idéal, c’est un service indépendant, rattaché à cette direction, assure Catherine Jacquet, directrice de projets au sein du groupe Cegos. La RSE est un sujet à part et transverse. Si les DRH l’intègrent dans leur champ de compétences, ils risquent d’être étouffés par les logiques de réglementation. Même s’ils ont repris en main, depuis le Covid, la logique de la QVT. Ils restent toutefois challengés sur la loi climat et résilience qui ouvre des perspectives au niveau du dialogue social, notamment avec les nouvelles attributions des CSE... ".

Anne Bariet