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4 septembre 2023
Favoriser le dialogue social de proximité, activer le dialogue professionnel, faire évoluer les modes de management ou encore définir une "raison d‘être"… Lors d’un débat sur l’avenir du travail, organisé par le Medef, dans le cadre de l’Université d’été, les intervenants ont donné des pistes pour réconcilier les Français avec le travail.

A l’heure de la rentrée, le sujet taraude DRH et salariés : le travail a-t-il un avenir devant lui ? La question est jugée suffisamment importante pour que le Medef y consacre une table ronde lors de son Université d’été organisée le 28 août à l’hippodrome de Longchamp.

Au cœur des préoccupations, une tendance inquiétante : le travail n’occupe plus une place structurante dans la vie des Français. En 1990, 60 % des Français considéraient spontanément le travail comme très important, selon une étude de la fondation Jean Jaurès publiée l’an passé. Ils n’étaient plus que 24 % à le penser en 2021, le rétrogradant à la quatrième place des priorités, derrière la famille, les loisirs et les relations sociales.

Dans ces conditions, comment redonner du sens au travail ? Pour Olivier Dussopt, le ministre du travail, la question de l’avenir au travail n’est pas nouvelle, elle revient en boomerang à "chaque mouvement économique important", de la première révolution industrielle à l’apparition des algorithmes, suscitant à "chaque fois une inquiétude sur la fin du travail".

Mais de quoi parle-t-on exactement ? Pour le ministre, la question n’est pas de savoir si le travail va disparaître ou non mais de "la place du travail, de sa valorisation et de la manière dont on l’harmonise avec sa vie personnelle".

"Le travail a été négligé"

Or, "jusqu’ici, le travail en tant qu’activité a été négligé au profit de l’emploi (son volume, sa rémunération, sa durée)…", analyse Marylise Léon, nouvelle secrétaire générale de la CFDT. La pandémie, qui a mis au premier plan la question de l’utilité sociale des métiers, a révélé "les difficultés du travail réel", notamment des métiers de deuxième ligne et renforcé le questionnement sur le sens au travail.

Une notion multidimensionnelle

Cette notion est, toutefois, multidimensionnelle. Elle peut être abordée sous le prisme des conditions de travail, en focalisant sur le "travail vécu, accompli au quotidien". Mais cette question passe aussi, selon Samuel Tual, président d’Actual leader groupe, vice-président du Medef, par une quête du travail respectueux de l’éthique, en cohérence avec les aspirations personnelles et professionnelles des salariés. Elle englobe aussi le thème de la reconnaissance du travail accompli. Est-ce que le travail est utile pour mes contemporains ? À quoi sert-il ?

Une notion qui, d’après Pierre-André de Chalendar, président du conseil d’administration de Saint-Gobain, président de l’Institut de l’entreprise, ne renvoie pas uniquement à la rémunération.

"Dialogue professionnel"

Pour les intervenants, plusieurs pistes peuvent être lancées pour améliorer le rapport des Français au travail. Raymond Soubie, président du groupe Alixio, a déclaré, tout d’abord, que la réponse était "organisationnelle". Même écho de la part d’Olivier Dussopt qui a rappelé que ce sujet doit être débattu au sein de l’entreprise, par le biais d’un dialogue social de proximité. Par exemple, pour la semaine de quatre jours.

Même si pour Marylise Leon, l’ "ultra-centralisation du dialogue social", depuis la création du CSE, a complexifié la tâche des représentants du personnel. C’est pourquoi, elle revendique, en sus du dialogue social, la mise en place d’un dialogue professionnel, entre pairs, avec ou sans sa hiérarchie. Les salariés y sont favorables. Selon une enquête de la CFDT, réalisée en 2016, "97% voulaient participer plus et mieux aux décisions qui les concernaient" pour avoir "une prise sur le travail [qu’ils effectuent]".

Refonte du management

Surtout, les intervenants, à l’unanimité, se sont accordés sur une refonte du management. "Ce n’est pas aujourd’hui, sauf exception, le souci premier des chefs d’entreprise. Il est ailleurs, remarque Raymond Soubie. Mais ça va être le souci second. C’est très important".

"Cette révolution du travail ne se fera pas sans révolution du management intermédiaire, a renchéri Marylise Léon. Le contrôle n’a plus aucun sens dans les entreprises où il faut être en soutien, en accompagnement".

"Intrapreneuriat"

D’autres leviers existent, à l’instar de l’investissement formation, de l’évolution des carrières mais aussi le développement de l’intrapreneuriat, comme l’évoque Raymond Soubie. L’idée ? "Permettre aux jeunes de créer leur entreprise dans l’entreprise". Autrement dit, de mener des projets innovants tout en gardant leur statut de salarié.

Pierre-André de Chalendar, estime, ce son côté, que la loi Pacte, et sa "raison d’être", a trouvé un certain écho auprès des organisations pionnières. Il se dit, en revanche, très réservé sur le développement du télétravail qui a mis à mal le collectif. "L’entreprise est un lieu de sociabilisation et il doit devenir un lieu d’épanouissement au travail", observe-t-il.

"Il s’agit de la responsabilité des partenaires sociaux"

Reste à savoir si les entreprises vont appliquer cette prescription.

Pas question, toutefois, pour Olivier Dussopt d’imposer de nouvelles obligations sur ces sujets, par la voie législative ou réglementaire. "Il s’agit de la responsabilité des partenaires sociaux. Nous ouvrons des négociations nationales interprofessionnelles, sur l’emploi des seniors, les parcours/reconversions professionnelles et sur le compte épargne temps universel (CETU), avec un temps de travail [mesuré] à l’échelle d’une vie. Ces thématiques renvoient à la question du sens au travail, éminemment présente dans toutes les têtes des négociateurs", a-t-il assuré.

L’urgence est réelle : à l’heure où les tensions du marché du travail pèsent sur le moral des entreprises, ces initiatives RH sont autant de leviers d’attractivité, destinés à retenir candidats à l’embauche et salariés du sérail.

Anne BARIET, ActuEL RH